Cette sortie n’aura pas été tout à fait semblable aux précédentes, car cette année l’Association Eglises ouvertes en Eure et Loir offrait à ses adhérents la possibilité de découvrir deux édifices religieux propriété privée habituellement fermés au public. Elle leur permis de plus de voyager l’espace d’un après-midi sur les rives sud de l’Avre à l’extrémité nord-ouest du département, secteur resté jusqu’à présent à l’écart de nos investigations patrimoniales.
Une quarantaine de participants s’est retrouvée à 14h 15 devant l’église de Montigny sur Avre lieu emblématique du diocèse où fut baptisé Saint François de Laval. De là une voiture pilote a conduit la file des voitures de manière à pouvoir les guider sans risque d’erreur sur un chemin de terre de plus de 900 mètres à travers le parc du château de Montuel, première étape de notre ballade.
Nous fumes accueilli avec cordialité par son propriétaire Monsieur Carl de Lencquesaing qui nous présenta la chapelle du XVe siècle. Ce ravissant et pittoresque édifice de style gothique flamboyant offre sur le côté nord une très belle porte au décor purement Renaissance. En revanche en entrant nous découvrîmes une décoration typiquement gothique troubadour réalisée sous le Second Empire à la voûte et aux murs entièrement revêtus de peintures. Ensuite le propriétaire nous fit l’honneur de nous montrer les extérieurs de cette habitation seigneuriale qu’il qualifie plutôt de maison forte que de château s’agissant d’une construction à but défensif édifiée face au duché de Normandie pour résister à l’ennemi anglais.


Puis, toujours guidés par la voiture pilote nous avons emprunté un lacis de petites routes vicinales pour parvenir au château de la Gadelière.
Sa propriétaire Laurence de la Vaissiére avec chaleur et enthousiasme nous narra l’histoire de cette vénérable demeure tout aussi défensive que son voisin le château de Montuel. Elle nous présenta l’ancienne église paroissiale du village de la Gadelière qui fut abandonnée à la suite de la fusion des deux paroisses de Rueil et de la Gadelière au milieu du XIXe s. Cet ancien lieu de culte qui a conservé partiellement sa voûte au lambris de bois et deux baies garnies de leurs remplages flamboyant d’origine a souffert de l’usage agricole auquel il fut réduit pendant de nombreuses années au cours desquelles il a servi de garage. Malgré cet usage profane et utilitaire , il ne fut jamais officiellement désaffecté et sert toujours au culte. C’est ainsi qu’ au moins une fois l’an une messe y est célébrée à la saint Martin d’été. La propriétaire s’emploie de toute son énergie à redonner à ce lieu une certaine dignité : par exemple des fonts baptismaux datant du XVe ont pu y être installés, et le tronçon du tronc d’un chêne multiséculaire abattu par la dévastatrice tempête de 1999 a été placé dans le chœur pour servir d’autel. Nos visiteurs ont pu voir dans deux niches ménagées dans le mur du chevet plat quelques fragments de statues polychromes retrouvés dans la maçonnerie murant une ancienne porte. De plus sur ses murs ont pu être partiellement dégagées des traces d’anciennes peintures murales et d’une litre funéraire.


Après avoir fait le tour de la forteresse actuellement en cours de restauration les participants ont regagné leurs véhicules pour se diriger vers Bérou-la-Mulotiére située à six kilomètres de là.
Avant de visiter l’église la maire de la commune Mme Dagmar Bernitt nous ouvrit avec hospitalité les portes de la mairie pour nous offrir une sympathique collation qui pour chacun fut un moment de convivialité et de rencontre fort apprécié. Ensuite elle nous conduisit dans l’église Saint Sulpice qu’elle s’efforce avec courage et opiniâtreté à restaurer depuis plusieurs années. Après avoir été assez surpris un fois franchis le seuil de découvrir dans cette église rurale un décor à la Viollet le Duc et toute une population de statues en plâtre saint sulpiciennes, nous avons remonté la nef et sommes parvenus jusqu’à une chapelle latérale construite du côté nord du chœur. Tel ne fut pas alors notre étonnement à la vue des peintures murales qui couvrent les voûtes et les murs réalisées dans la deuxième partie du XVIé. Malgré leur état de dégradation l’on a pu reconnaître la rencontre de Jésus et de Marie Madeleine, le Jugement dernier et aux voûtains une armée céleste d’anges portant les instruments de la Passion. Chacun s’est posé la question de savoir qui pouvait être le personnage représenté sous la forme d’une statue couchée abritée sous un décor de pierres tenant sur sa poitrine un serpent. La maire répondit que deux thèses s’affrontaient l’une considérant qu’il s’agissait de Marie Madeleine pénitente dans la grotte de la Sainte Baume, l’autre totalement profane qui y voit Cléopâtre se donnant la mort. De retour dans le chœur malgré la réticence manifestée par beaucoup pour le style néogothique, l’on dut reconnaître la qualité exceptionnelle de ce mobilier contrastant avec la banalité des œuvres souvent réalisées à cette époque : en particulier un monumental siège curial digne d’une cathédrale et une table de communion aux délicates sculptures ainsi qu’une série de vitraux réalisés par la manufacture Marette et Duhamel d’Evreux. En redescendant la nef chacun en levant la tête pu contempler la riche tribune armoriées de multiple blasons dont au centre celui du saint pape Pie IX.



En conclusion nous tenons à remercier M. de Lencquesaing et Mme de la Vaissiére d’avoir fait de nous des privilégiés en nous accueillant dans leur demeure et à témoigner de notre gratitude à Mme Bernitt pour son accueil si amical et attentionné.